Sion avait une occasion en or de regagner une place de barragiste à deux journées de la fin. Une occasion qui peut-être ne se représenterait plus. Encore fallait-il, pour la saisir, vaincre l’équipe la plus en forme du moment.
Dans le jeu, les Sédunois ne laissèrent néanmoins paraître aucun signe de nervosité. Si Lucerne a rapidement pris l’ascendant dans cette partie, les raisons sont à chercher ailleurs. Notamment dans une différence de niveau flagrante entre les deux équipes. Lucerne n’aura eu de cesse de martyriser son adversaire sur les côtés. Plus qu’une performance moyenne de ses latéraux, c’est collectivement que Sion n’aura jamais su s’adapter pour contrer les incessantes montées des Lucernois.
A la 20ème minute déjà, Iapichino était contraint d’abandonner son joueur pour poursuivre Schwegler, lâché au marquage de façon inadmissible par Tosetti. L’action qui s’en suivait aurait pu conduire à l’ouverture du score sur une tête de Pascal Schürpf. Le début d’un long calvaire.
A la 35ème, encore abandonné par son ailier, Iapichino devait cette fois affronter deux adversaires à l’orée des 16 mètres. Contraint d’anticiper une éventuelle passe pour Schürpf, le latéral sédunois laissait frapper Schwegler, sans que rien ne puisse lui être reproché sur cette action. « Bougez-vous le cul » entendait-on alors résonner dans les travées vides de Tourbillon. Ni les avertissements dans le jeu, ni les avertissements verbaux ne permirent néanmoins aux Valaisans de corriger le tir, alors que Lucerne parvenait une fois encore à se créer deux occasions dangereuses côté gauche.
L’ouverture du score semblait irrémédiable. Et sans grande surprise, elle arriva d’un centre amené cette fois-ci par Sidler, libre de toute opposition. L’erreur était néanmoins collective. Iapichino perdait son duel à la réception du centre, tandis que Martic coupait le hors-jeu, peu avant un renvoi plein axe de Fickentscher (0-1 : 48′). A plusieurs reprises, Lucerne aurait dû classer un match dont il était totalement maître, notamment sur un duel perdu à deux face au gardien. Et comme souvent lorsque l’on galvaude autant d’opportunités, le football peut s’avérer cruel. Peu dangereux jusque là, à l’exception d’une passe de Grgic dans le dos de la défense et d’une tête sur coup-franc, mais surtout inexistant dans le jeu, Sion parvenait à arracher un match nul inespéré en toute fin de match sur un exploit personnel de Khasa (1-1 : 89′).

Sion n’a pas saisi la chance qu’il avait ce soir de se replacer pour se maintenir dans l’élite. Mais pouvait-il vraiment espérer mieux ? La question mérite d’être posée et la réponse ne demandera pas un grand temps de réflexion, tant la domination lucernoise fut écrasante. Sion aura toutefois eu le mérite d’y croire et de se montrer bien plus décisif que son adversaire du soir. Et il n’est ma foi pas exclu que ce point arraché de façon miraculeuse puisse faire la différence lors du décompte final.
Le tournant du match
Lucerne s’acheminait vers une victoire logique, qui n’aurait souffert d’aucune discussion.
Oui, mais voilà. Pas tout frais après 87 minutes de jeu et de nombreuses courses dans les jambes, Khasa semblait avoir encore un peu d’énergie à revendre… Plus vif qu’un nouvel entrant, l’ailier français était lancé en profondeur, depuis le long de la ligne de touche et à 10 mètres seulement au-delà de la ligne médiane. Autant dire que l’action n’avait pas vraiment le poids d’une occasion de but. Parti comme une Formule 1, Khasa rattrapait néanmoins son mètre de retard sur son adversaire direct, et parvenait 4 secondes plus tard – montre en main – dans les 16 mètres adverses. Bien plus qu’une pointe de vitesse l’ayant rendu célèbre en Super League, Khasa possède des qualités qui ne sont pas toujours reconnues à leur juste valeur. Il parvenait en pleine course à prolonger l’ouverture au bon endroit et dans le bon tempo, de façon à résister au retour du défenseur central et à une éventuelle sortie du gardien, tout en pouvant décocher une frappe qui ne pouvait pas être mieux exécutée pour finir au fond d’une position aussi excentrée. Si l’action pourrait s’apparenter à du « pousse-ballon », elle demande en réalité beaucoup plus de sang-froid et de justesse technique qu’elle pourrait en avoir l’air.
L’ouverture en profondeur sur cette action fut signée de la patte de Tosetti, qui peut-être une fois encore parvient à sauver son match par l’entremise d’une passe décisive, mais dont l’apport collectif peut laisser songeur.
Le niveau d’expression collective, côté sédunois
Plus problématique encore que ses errements défensifs, le FC Sion s’est montré incapable de produire du jeu. A défaut de pouvoir présenter autre chose, la stratégie était claire : jouer des longs ballons sur Karlen et Hoarau, miser sur des balles arrêtées, une passe de Tosetti ou la vitesse de pointe de Khasa, et advienne que pourra. Une constante cette saison.

La débauche d’énergie de Araz ne doit pas être sous-estimée. Il aura beaucoup couru pour compenser le manque d’activité de son coéquipier axial. Mais hormis une bonne ouverture en début de match pour Khasa, l’immense majorité de ses ballons furent prudemment rejoués latéralement ou en retrait. Peu actif comme déjà mentionné, Grgic ne gratte quant à lui pas beaucoup de ballons, et peine également à orienter le jeu et à fréquemment proposer des solutions de passe à ses coéquipiers. Difficile dans ces conditions de développer une construction de jeu digne de ce nom. Araz a des qualités défensives, mais doit être accompagné de joueurs capables de faire du jeu. De même, Grgic est un joueur créatif qui peut être décisif sur une action offensive, mais n’a pas la débauche d’énergie suffisante pour être la plaque tournante du milieu de terrain. Bref, Sion a cruellement manqué cette saison d’un meneur de jeu ou d’un milieu axial complet comme pouvait l’être Bastien Toma. Il n’est pas certain que les coups d’éclat de ses meilleurs joueurs – sur balles arrêtées notamment – suffiront à compenser les difficultés du collectif. Malgré les chances réelles qui leur restent de se sauver cette saison, les Sédunois occupent actuellement une dernière place qui n’a rien d’illogique.
FC Sion – FC Lucerne : 1-1 (0-0)
49′ Tasar (0-1)
89′ Khasa (1-1)